Chantier « structures agraires et accès des jeunes à la terre »: point d’étape

Chantier « structures agraires et accès des jeunes à la terre »: point d’étape

le 27/08/2018

Le Comité technique « Foncier & développement » a organisé, dans le courant du premier semestre 2018, une série de séminaires qui s’inscrivent dans le cadre d’un chantier de réflexion collective autour des trajectoires d’évolution des systèmes agraires et l’accès des jeunes à la terre.

Le chantier, lancé en octobre 2017, est animé par Agter et Scafr-Terres d’Europe et mobilise les membres du Comité, ainsi que différents intervenants issus de la recherche et du monde du développement (OP, ONG, agents de la coopération française). Son objectif est de produire un cadre d’analyse des dynamiques de fond d’évolution des structures agraires permettant de faciliter le dialogue et la prise de décision entre acteurs des politiques foncières et agricoles sur la manière d’accompagner les stratégies des familles et la transformation des exploitations familiales.

Un premier séminaire, organisé en janvier dernier, était consacré à l’Europe, et a permis de faire ressortir les éléments clés du contexte économique, social et environnemental qui ont influencé l’évolution des structures agricoles sur le temps long, en Europe et plus particulièrement en France, en Angleterre et en Allemagne (note de synthèse de la journée à paraître en septembre 2018). En avril dernier, l’exercice a été prolongé sur le continent américain, sur la base d’une analyse continentale de l’évolution des structures agraires, étayée par des études de cas mexicaines, brésiliennes et colombiennes. Finalement, deux autres journées de travail ont été organisées en juin, pour poursuivre l’exercice sur le continent asiatique et africain (Chine, Inde, Indonésie, Angola, Algérie).

Les travaux sur l’Amérique Latine, l’Asie et l’Afrique feront l’objet d’une publication dans la collection « Regards sur le foncier » d’ici la fin de l’année 2018.

Les débats de ces journées, ainsi que ceux du séminaire du 3 et 4 juillet dernier, visant à présenter des études de terrain récentes, ont permis de mettre en exergue une série d’idées fortes sur les questions liées à l’autonomisation des jeunes et leur avenir dans le secteur agricole, en particulier :

  • Le rôle fondamental des familles agricoles, qui assurent la reproduction des hommes et des femmes, et développent une diversité de stratégies pour permettre aux exploitations familiales d’assurer leur renouvellement. Selon l’histoire des territoires et les nouvelles contraintes ou opportunités qui se présentent, ces familles (nucléaires ou élargies) s’adaptent et développent des stratégies idoines, impliquant les anciennes comme les jeunes générations, pour faire face aux besoins du groupe (droits et obligations des aînés vis-à-vis de leurs dépendants, transactions intrafamiliales, pluriactivité, migrations, etc.). La question de l’autonomisation des jeunes et de leur prise de responsabilité (droits sur la terre et sur les choix productifs) ne peut être appréhendée sans tenir compte des stratégies et cycles de vie de ces familles, des relations qu’elles entretiennent avec leur environnement (social, économique et écologique), ainsi que les relations de pouvoir et de solidarité qui existent entre leurs membres.

Le rôle économique et social des systèmes d’exploitations familiaux :  Si l’agriculture familiale assure une fonction économique et environnementale primordiale en milieu rural (revenu, alimentation, gestion des ressources), elle joue également souvent un rôle de reproduction et de protection sociale. Grâce à leurs capacités de résilience, les systèmes d’exploitations familiaux peuvent offrir de la main d’œuvre aux autres secteurs de l’économie, mais aussi permettre aux sociétés de faire face à certains chocs (fermetures d’usines, crises économiques) grâce aux liens forts qui perdurent entre les urbains qui peuvent se retrouver exclus du système et leurs familles. L’évolution des structures agraires et la transformation des systèmes agricoles peuvent fragiliser cette fonction assurantielle, et amènent à interroger les dispositifs nationaux de protection sociale : pension de retraite pour les agriculteurs, filets sociaux, bourses, assurance chômage, etc. L’examen des dispositifs sociaux et éducatifs est donc incontournable, pour comprendre ce qui incite et autorise les jeunes à conduire des activités au sein et en dehors de l’exploitation familiale.

Le chantier se poursuivra jusqu’à la fin de l’année 2018, avec une prochaine réunion prévue en octobre, qui permettra de valider la grille d’analyse élaborée collectivement au fil des séances, et d’avancer sur son opérationnalisation.