
Interroger la conflictualité foncière dans les périphéries de métropoles
Depuis les années 2000 et la libéralisation du secteur immobilier, l’espace périurbain africain se révèle miné de troubles fonciers (Dadashpoor & Ahani 2019). Les villes africaines s’étendent rapidement en incorporant des espaces qui, tout en étant déjà sous l’influence de capitaux urbains, font l’objet d’importants changements d’usage des sols ou préparent la conversion foncière (Bertrand & Bon 2022 ; Bon et al. 2023). Cette interface urbain-rural est marquée par des normes plurielles de légitimation de la propriété, selon que l’accès à la terre relève d’abord de l’État ou d’instances néo-coutumières (Boone 2013), mais aussi par la financiarisation de productions destinées au logement des citadins, et parfois à de grandes infrastructures (Van Noorloos & Kloosterboer 2018). Les terres encore rurales y font l’objet de fortes convoitises, principalement immobilières, mais aussi agricoles et industrielles (Yapi-Diahou 2023 ; Andreasen & Agergaard 2025), révélant l’évolution des logiques d’accumulation foncière, des stratégies des lignées de propriétaires et du rapport des habitants à l’État.
Ces périphéries métropolitaines d’Afrique sont ainsi devenues des lieux majeurs de conflits fonciers, tandis que les tensions urbaines liées à l’éviction de quartiers non réglementaires ont diminué avec les politiques de régularisation lancées dans les années 1990, et que les résistances aux grands accaparements ruraux (Hall et al. 2015) et à l’extraction minière se sont affaiblies ou peinent à acquérir de la visibilité. Quels sont ces processus de dépossession ? Comment ceux qui s’en considèrent victimes tentent-ils de s’y opposer ? Que revendiquent-ils et selon quelles mobilisations ? Tout conflit donne-t-il lieu à une protestation collective ? Tout conflit génère-t-il ou révèle-t-il des capacités à riposter par des actions organisées ? Leur somme témoigne-t-elle d’un mouvement social ?
Le présent dossier se centre sur une lecture croisée des tensions imputées à ces dépossessions et des mobilisations sociales qu’elles suscitent en grande périphérie de Dakar et de Bamako. Il montre que ces transferts fonciers, qui peuvent être légitimes ou contestés, prennent des formes variées dans les deux pays. En considérant la dimension politique de ces réactions, il montre que la relation entre dépossession et mobilisation n’est pas mécanique, et que l’imbrication des deux prend place sur des terreaux de citoyenneté divers.
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